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jeudi 17 janvier 2008

Le blog, le retour d'outre-tombe

Hi there tout le monde, bonne année, bonne santé, j'espère que vous avez passé d'excellentes fêtes ! Cela fait des semaines et des semaines que je n'ai pas mis le blog à jour, par flemme et par soucis techniques, puisque ça m'a toujours pris trois plombes pour uploader les photos. Mais j'ai trouvé un bon compromis taille/qualité/poids, et converti les centaines de photos que j'ai à ma disposition. Je vais donc pouvoir, dans les jours qui viennent, écrire les comptes-rendus de mes voyages dans les villes de la Côte Est (Philadelphie, Washington, New-York, Charleston, Boston, Cambridge, Salem) et au Canada, chez Stéph' et Morgan. Je vais commencer aujourd'hui avec Philadelphie et Washington, si j'ai le temps. J'ai également modifié le look général du blog pour qu'il puisse accueillir plus de photos ; avant, la zone de lecture était trop étroite à mon goût. Tant pis pour la bannière !

Hier, pour bifurquer sur un sujet totalement différent, c'était la rentrée, qui s'est bien passée. Elèves sympas, mais les français et d'autres TA se sont retrouvés avec des salles minuscules et sans aucun équipement. Tout le monde demande à changer de salle, et c'est le foutoir. Espérons que ça va se tasser.

Sautons une fois de plus du coq à l'âne : courant Novembre, j'avais été enchanté de pouvoir photographier les premières neiges - pas grand chose, comme vous pouvez le voir ci-dessous. Ca a tenu une après-midi. Petite déception.



En revanche, ce matin :



Ô joie !

Sans plus attendre, je passe à ma rétrospective des deux derniers mois.

mercredi 31 octobre 2007

Interlude illustré

By popular demand...les salles où je fais cours !



En 202, configuration classique, avec tout ce qu'il faut côté multimédia (PC, rétroprojecteur, etc.). J'adore cette salle parce que pendant les dictées, je peux passer à grandes enjambées à travers les rangs et déclamer comme un Topaze. "Première phrase : Kirikou est dans la savane. Kirikouu EST daaans la SA-VANE.......SAVANE !"

Yeah !



En 334, la salle est assez petite pour 17 élèves mais on se débrouille. Après tout, plus on est serré plus c'est chaleureux, hein. N'empêche que ça m'oblige parfois aux acrobaties les plus improbables quand je veux me déplacer dans la classe. Au moins j'ai l'écran et le PC qui me permettent de bosser avec tout le matériel multimédia que j'ai à ma disposition.

lundi 15 octobre 2007

Shenandoah National Park

Mise à jour du blog, suite et fin. Une semaine après avoir visité DC, on m'a proposé de passer une journée dans le Shenandoah National Park, pour aller jusqu'au sommet de la Old Rag Mountain. Je me sens l'âme d'un bouquetin de la garrigue, alors oui, j'accepte.

Le jour dit, il pleut, mais pas trop. Juste assez d'humidité pour créer cette brume fantastique qui nous a entouré toute la journée. Pas grand chose à dire, si ce n'est que les forêts américaines sont magnifiques. Un truc hallucinant quand même. Il y a un monde pas possible. Et en milieu de journée, lorqu'on s'approche du sommet, il y a pas mal d'escalade à faire, des prises à trouver, des contorsions à faire pour passer entre deux gros rochers (faut voir comment certains spécimens se débrouillent...). Et donc, on se retrouve fatalement à...faire la queue, oui, en pleine montagne, pour pouvoir continuer l'ascension, à cause de randonneurs pas très portés sur l'escalade. Les images suivantes se passent de commentaires :






Aujourd'hui, en revanche, journée magnifique ; j'en ai profité pour aller faire la loutre à l'AFC (Aquatic & Fitness Center - une piscine et des installations magnifiques...et un jacuzzi ou je passe systématiquement dix minutes après mes longueurs) et surtout prendre des photos de Charlottesville, avant que l'automne et l'hiver ne viennent emporter toutes les feuilles des arbres.


Newcomb Hall à droite (c'est un complexe fourre-tout pour étudiants, avec restaurants, salle de jeux, ciné, etc.) et le Bookstore à gauche (officiellement une librairie, dans les faits, on y trouve de tout, des t-shirts, des DVD, des ampoules, du produit vaisselle...)


La photo est de piètre qualité à cause du reflet de la vitre : c'est la chambre d'Edgar Allan Poe sur le West Range, lorsqu'il était étudiant à UVA. Au moins on reconnait le corbeau.


Les environs de la bibliothèque Alderman.


L'église où se marient les étudiants. Et ils se marient très jeunes ici. Je n'arrête pas de croiser des étudiants de vingt ans qui parlent de leur mari ou de leur femme.


Le parc près de la rotonde, infesté par les écureuils.


La Rotonde vue de près.


Carr's Hill ; la demeure du président de l'Université.


La salle de spectacle au bout du Downtown Mall.


Riri, Fifi et Loulou. Impossible de leur échapper à Charlottesville. Ils sont partout.


Je termine par un bilan professionnel : mon inspection s'est bien déroulée et ça se passe de mieux en mieux. En 202 ils se sont plutôt bien débrouillés au second contrôle, et en 334 j'ai réussi à rattraper mon retard dans les corrections. Je suis toujours autant effaré par le système d'apprentissage ici. L'exemple du jour : les graduate students qui sont en Master. Comme nous, pour se payer leurs études et surtout pour ne pas à avoir à payer les frais d'inscription, ils deviennent TA et donnent six heures de cours par semaine, avec préparation de cours et corrections de copies à la clef. Par curiosité, j'ai demandé à Lynn ce qu'ils étudiaient pour leur maîtrise. Pas de mémoire à rédiger, mais des livres à lire, beaucoup de livres à lire. Elle m'a filé une liste pour que je puisse me faire une idée : Villon, Marie de France, les anonymes du XIIeme siècle, Chrétien de Troyes, etc. "Ah, vous faites un séminaire sur la littérature française médiévale, c'est ça ?"

Et elle de me répliquer que non, "c'est juste la première page." Effectivement, ça continue. La Pléiade, Pascal, Rabelais, et puis on passe au XVIeme, Racine, Molière, Corneille, puis Voltaire, et patin, couffin...et ça jusqu'au XXeme, avec Mallarmé, Queneau, Sartre, etc...on leur file même du Beigbeder à lire, c'est dire ! Et lorsqu'il s'agit de pavés (Le Rouge et le Noir, Pantagruel, les Zola, les Balzac), point de salut, il faut lire jusqu'à la lie, jusqu'à écoeurement. A vue de nez, ils doivent, en un an, lire largement plus de 8000 pages...

Bon. Sans évoquer les problèmes d'organisation que ça peut générer (personnellement, étant un lecteur plutôt lent, sans ubiquité, je ne pourrais pas), je me pose la question de l'intérêt. Ok, d'accord, au terme de l'année, ils ont lu la majorité des grandes oeuvres de la littérature française, et ont parcouru l'intégralité du corpus, d'une manière plus ou moins approfondie. Mais sachant qu'ils ne peuvent pas se permettre de lire les critiques qui entourent l'oeuvre, ni les notes introductives, tout ça par manque de temps, et si l'on ajoute que ce marathon se fait au détriment des dissertations et des études historiques, je me demande où est l'interêt de la chose, et surtout, ce que ces étudiants en auront retenu dans 5-10 ans. Indéniablement, ça bosse dans les facs américaines. Est-ce que ça bosse intelligemment ?

J'arrête là ! Prochaine destination : Philadelphie, j'espère ! Et Halloween qui se profile à l'horizon !

mardi 18 septembre 2007

Fashion victim...

...je ne voulais pas, j'ai tenté de résister, mais c'était plus fort que moi...je...je...glps...



C'est quand même classe le orange non ? (vous noterez le petit tatoo sur la joue qui fait bien supporter dégénéré - Nico, le sens du détail !)

Encore un silence radio de plus d'une semaine - désolé ! Au moins, j'ai plein de choses à raconter. Samedi dernier, donc, il y avait le premier match de football américain, qui opposait les Cavaliers d'UVA aux Blue Devils de Duke University (qui venaient de Durham, en Caroline du Nord). On s'est donc tous retrouvés chez Aline pour une
tailgate party matinale (les tailgaters bouffent et boivent entre eux avant les matchs : apparement, c'est une tradition sudiste, mais on n'a pas su me dire pourquoi ça s'appelait tailgating). Après ça, hop, direction le stade en passant par Jefferson Park Avenue...où l'on se rend compte que le sport, ici, c'est une institution sacrée. Absolument tout le monde est sapé en orange, du gamin de quatre ans à l'octogénaire en fin de parcours. Tous ceux qui ont une place de parking libre chez eux essayent de la refourguer moyennant finance, avant de se jeter dans la marée humaine qui converge vers le stade.

Alors, le football américain, comment dire. J'ai bien aimé l'ambiance. Comme je l'ai dit, c'est une institution. C'est social. On y va comme on va à l'église...parce qu'il faut y aller. Et des gens que j'ai pu observer, peu avaient l'impression de s'intéresser au match. Bon, il faut dire que ce sport est spécial ; j'ai glané à droite à gauche des bribes d'explications de règles, et je peux livrer ces impressions :

1) En gros, le principe, c'est de voir de la barbaque en armure s'étriper pendant une heure pour faire passer un ballon ovoïde d'un bout de terrain à un autre, et ce, centimètre par centimètre (cet avis subjectif vous a été offert par l'amicale des sportifs militant contre la brutalité du genre humain).
2) Une heure, c'est l'heure théorique. Le rythme du jeu est extrêmement hâché, et dès que l'arbitre siffle un arrêt, on arrête les compteurs. En conséquent, il n'est pas rare qu'un match dure quatre heures.
3) Quatre heures c'est cool, mais sous le cagnard, non. J'ai jeté l'éponge au bout d'une heure ; ceux qui sont restés jusqu'au bout m'ont dit que la Virginie avait gagné. En fait les gros supporters purs et durs ont eu très peur, parce qu'il parait que l'équipe d'en face était vraiment nulle...et ça aurait été la honte de perdre contre eux (?!).
4) J'ai parlé d'ambiance : j'ai été content de venir pour voir l'effet que ça fait de voir ce stade rempli, ces milliers de personnes qui chantent l'hymne de la faculté à la mi-temps, leurs cris de ralliement, la mascotte de notre équipe ("CavMan" - que je plains le gars qui a du se trainer ce déguisement digne de Disneyland sous cette chaleur !) et les mecs de la fanfare qui en font trop, délicieusement beauf.
5) Comme c'est du sport, forcément au bout d'un moment on s'emmerde. Heureusement, il y a les cheerleaders qu'on peut mater, et c'est quand même beaucoup plus intéressant. Quelle merveilleuse coutume. Save the cheerleader, save the world !


Le stade rempli à ras bord.


La marée orange.


CavMan, c'est le bestiau qui ressemble à Zorro, vu de dos sur l'image.


Les gens du département de français. Sous la djellabah, Alex.


Go 'Hoos go ! ('Hoos, c'est l'abréviation de Wahoos, le nom des étudiants et des sportifs d'UVA. Il me semble que ça a un rapport avec l'hymne de la fac, qui se termine par ce cri. Wahoo !)


Il m'a fallu deux jours pour enlever c't'enfoiré de tatoo.

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Miscellaneous :
  • J'ai un vélo ! Je l'ai acheté d'occase à un vieux qui n'arrêtait pas de bouffer/chiquer du tabac et de le cracher par terre pendant qu'on concluait l'affaire. Révulsant, mais tellement couleur locale. Le vélo a tenu une semaine avant que je bousille la roue arrière. Y a des fois, je suis maudit, for fuck's sake...

  • La forêt que je dois traverser pour rentrer chez moi. En trois semaines, en rentrant de la fac, je me suis fait attaquer par douze castors, deux buffalos et un grizzli, que j'ai dû tuer à mains nues. Lewis & Clark-style !

  • Les Etats-Unis, c'est la patrie des nerds en tous genres. Réputation justifiée. J'ai croisé des dizaines de filles qui se baladent avec des runes elfiques sur leur t-shirt, runes parfois grossièrement inscrites au feutre. Pas pu lire ce que ça voulait dire, ces gourdes utilisaient la transcription sindarin au lieu du quenya. Et elles faisaient des fautes. J'ai aussi vu un mec un peu gothique, cheveux longs et noirs, avec une chemise de forçat d'Azkaban, avec le numéro de détenu dans le dos. Ca donnait bien, il avait vraiment l'air d'un mage noir ! Mais, hélas, ce n'était qu'un geek lambda. Je suis sûr que Christelle kifferait d'avoir le même t-shirt n'empêche ! Allez, le meilleur pour la fin ; le gars a customisé sa bagnole pour avoir la même que les Ghostbusters. Awesome !

  • En parlant de geekitude, Tiffany, une TA qui bosse dans le même bureau que moi, m'a proposé une partie de Magic : The Gathering à la boutique de jeu de rôle du coin, vendredi soir. Je n'ai encore rien compris aux subtilités des règles - ça fait plus de sept ans qu'on essaye de me les inculquer...quand ça veut pas rentrer, ça veut pas rentrer.
Un habitué de la boutique : J'utilise mon archange de lumière céleste et je t'attaque, armé de mes deux artefacts de l'empire Menzorien, qui doublent mes dégats et empêchent tes troupes volantes de bloquer.
Moi : Ahaha, j'avais prévu le coup, on ne me la fait pas, à moi ! J'utilise mon sort instantané de sphère de négation et j'engloutis ton archange à la con, nan mais ho ! Euh, c'est bien comme ça que je l'utilise, cette carte, hein ?
Lui : Impossible, je viens de détruire tes marécages et te priver de tout ton mana. Ta carte, là, elle est useless, et tu viens de perdre 25 points de vie.
Moi : Euh, et c'est grave ?
Lui : Disons que tu viens d'être brûlé au trente-sixième degré.
Moi : Mais quel jeu de merde ! (oui, je n'aime pas perdre)
  • Le temps n'est plus à la canicule, God be praised. On a quand même pu profiter de la piscine. J'ai pu faire l'otarie.

  • La Maison Française a commencé son cycle de projections de films français. La première soirée, ça devait être Paris je t'aime, que j'avais loupé au ciné et que je voulais voir. Le dvd n'était pas dispo, on s'est retrouvés avec A bout de souffle, le premier Godard. Assez mou comme film, mais tout n'est pas à jeter dedans. Au moins j'aurais pu voir ce que c'est, la Nouvelle Vague.
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D'un point de vue estudiantin et professionnel

Il y a des trucs marrants. On a fait remplir des fiches aux élèves en début d'année. On a nos perles. En dehors des classiques "Je veux étudier le français parce que c'est le langue de l'amour", "je veux parler français pour séduire beaucoup" (à la question, "pourquoi avez-vous choisi cette langue ?"), Alex a trouvé une réponse de psychopathe dans ses fiches. Question : "Quelles sont vos acivités extra-scolaires ? Qu'aimez vous faire ?" Réponse : "J'aime manger et dormir. Le Lundi, je joue avec les écureuils." Mouiiiiiii...

Pour le reste c'est pas folichon. J'ai passé mon dimanche à corriger des copies. Le gros souci des profs là-bas, c'est de ne pas mettre des notes trop basses. Parce que tu comprends, l'élève il paye le prix fort pour avoir ses modules, et puis il faut surtout pas le traumatiser, hein, alors on lui met minimum un C, même si c'est un veau. C, c'est un 15/20 en France. C'est je crois la note minimum pour avoir le module validé. Et le gamin qui ramène un 14, les parents l'excommunient puis le brûlent (s'il échappe aux parents, les banquiers qui ont allongé la thune pour le prêt-étude se chargent de le rattraper et de l'achever à coups de rangers). Il faut donc donner plus de 15 à des copies qui frisent l'inintelligible pour les cas les plus extrêmes (deux gars dans ma classe de 202). Vous seriez surpris de ce qu'on peut faire en bidouillant les barèmes ! Heureusement, la majorité bosse bien. Mais j'ai l'impression (à tort, peut-être) que le niveau est plus bas qu'en France. On ne tarit pas d'éloge sur "les universités américaines, les meilleures du monde". En sciences et en ingénierie, oui. En langues, littérature et sciences humaines, je demande à voir. Vendredi j'ai eu un test de trente minutes en vieil anglais. La veille j'ai passé quatre heures à la bibliothèque pour me farçir les déclinaisons des substantifs, des adjectifs et des verbes, pour au final me retrouver devant cinq phrases à traduire, tirées de la version qu'on avait faite pendant la semaine. Il risque pas de se retrouver avec des 14/20 ou moins avec ça, le prof. Quoique ?

C'est tout pour le moment...bientôt on va avoir des micro-vacances (
Reading Day), on commence donc à essayer d'organiser des trucs. J'aimerais bien aller visiter Jamestown pour ma part.

Cheers everybody !


lundi 3 septembre 2007

Première semaine de cours

Pas de nouvelles pendant plus d'une semaine : désolé ! Emploi du temps surchargé. L'installation est un peu bordélique parce que les grands centres commerciaux ne sont pas à la porte d'à côté, et qu'au début on manquait un peu de tout, mais l'appart prend forme petit à petit. Preuve qu'au bout d'une semaine, notre tanière est enfin civilisée : on a la télé ! Télé que je ne regarde pas, puisque je n'ai pas cinq minutes à moi.

Les week-ends, jusqu'à maintenant, ça a été très simple. Le vendredi soir, pubs et restaurants de circonstance pour "décompresser" après les meetings de l'après-midi ; le samedi, ravitaillement (la stat intéressante du jour : il est techniquement possible de mettre quarante sacs de nourriture et de fournitures en tous genres ainsi que leurs cinq propriétaires dans une seule bagnole ET de démarrer) et dimanche journée barbecue-beer pong chez Kellie et son mari, Kellie étant une TA préparant son DEA - ou sa thèse, je ne sais plus. Avant de digresser, place à mes collègues :


A la terrasse d'un café, de gauche à droite : Alex, Tamar (qui bosse au secrétariat du département), Caroline Meyer, Rachel Geer, Aline Charles, Nick Snead.


Les francais qui apprennent des jeux stupides aux américains.


Encore des français. Ils sont partout.


Jennifer Bemis, Pierre Dairon et Nathan Brown derrière.


Alex, Aline et Nick.


Nathan Brown, Nick Shangler.

Ce qu'il y a de plus génial cette année d'un point de vue professionel, c'est de voir que le département de français est très soudé. Les secrétaires et les assistants sortent le soir ensemble, et il y a pas mal de choses qui s'organisent. Ca change de l'Angleterre où j'étais le seul assistant du collège/lycée. En conséquent, je me vois obligé de passer par plusieurs étapes initiatiques ludo-éthyliques. Premier choc, le beer-pong, ou comment transformer ce beau sport qu'est le tennis de table en party-game d'alcoolique : pas de filet, interdit de smasher (horreur!), et on n'autorise que les lobs pour viser les verres en plastique qui se trouvent du côté adverse de la table. Qui se fait toucher un de ses verres, boit. Gatien s'en retournerait dans sa tombe, s'il était mort. Variantes : le flip-beer, un jeu de relais sur table (tu bois, tu fais retomber ton verre du bon côté avec une pichenette, tu passes la main à ton voisin), et le Circle of Death (je passe les détails, j'ai une réputation à conserver). Mais quoi de plus parlant qu'une illustration :


Flip-beer avec de la Bud Light (!). Les Américains peuvent être un peuple vraiment décadent quand ils s'y mettent sérieusement.


Je taquine au flip-beer. Yeah baby !


Pierre qui s'essaye à cet exercice hautement périlleux.


Chez Kellie, table de beer-pong.

Mais cette semaine, c'était surtout la rentrée à l'Université, une rentrée avec son lot de stress puisqu'après nous avoir abreuvés de théories et de dépliants pendant une semaine, les profs nous ont finalement balancés dans la cage aux lions avec une montagne de travail à abattre. J'ai deux classes, et cinq heures de cours par semaine. Les mardis et jeudis, de huit heures du mat' (argh...) à neuf heures et quart, je m'occupe des 202, soit des grands débutants qui traînent une année de français derrière eux (certains ont des résidus de français du collège/lycée, mais ils ont tendance à l'oublier...ou alors leur niveau était déplorable). Ca reste donc très scolaire, avec un manuel qu'on doit suivre le plus possible, et des activités qui tournent autour d'un point de grammaire particulier (en ce moment, l'infinitif présent, l'infinitif passé et le gérondif). Le niveau des élèves est assez disparate. Certains sont très bons, d'autres sont là par obligation d'un prérequis universitaire. En réalité, ils se destinent à être biochimistes ou architectes. Que le système américain est con ! Mais qu'il est con !

Ils se plient de bonne grâce à l'exercice pourtant, et je n'ai pas trop de problème à les faire parler. Mon principal souci, c'est de rendre le cours un minimum vivant et de favoriser les interactions entre élèves, parce que je comprends que la grammaire en cours magistral, c'est pas ce qu'il y a de plus exaltant. Le reste du temps je m'occupe du cours 334, avec un effectif plus réduit (16, 17 élèves environ). C'est complètement différent dans la mesure où les étudiants ont un niveau plus élevé (quoique pas très homogène non plus) et qu'il n'y a plus de grammaire. C'est un cours de conversation qui vise à améliorer les compétences orales et écrites ; on peut y pousser la composante culturelle plus loin. Ils m'ont d'ailleurs demandé de centrer mes cours sur l'actualité. J'ai donc démarré sur un mini-chapitre sur l'Education Nationale et le fonctionnariat en France, avec La Sécurité de l'Emploi de Fatals Picards comme axe de réflexion, pour déboucher sur les réductions de postes et tout le tintouin. Ils n'ont vraiment aucune connaissance de nos institutions en revanche, et il faut tout reprendre à la base. Mais ils ont l'air de bien aimer.

Contrairement aux cours de 202, qui sont ultra-dirigistes et qu'on nous donne tous cuits, en 334 il faut tout créer de A à Z. Je suis parti aux Etats-Unis avec l'idée que ça ne serait pas pire qu'en Angleterre, où on ne me communiquait que très peu d'instructions. Bam, perdu ! Non seulement il faut mettre sur pied des thèmes qui plaisent et aux élèves et à l'instructeur, et construire les séquences de cours qui vont avec, mais on doit s'accommoder de tout ce qui fait le sel du métier d'enseignant : création des interros, corrections des copies, appréciation des performances à l'oral, heures de permanence, faire la hotline pour les élèves qui floodent littéralement ma boite aux lettres 24h/24h, etc. Au début j'étais un peu furax qu'ils nous laissent tomber comme ça, mais finalement on a une heure de didactique par semaine, avec devoirs et compte-rendus à donner à la clef... je vois d'ici les filles de la fac devant leur PC se foutre de moi, qui croyait être débarrassé de ça après le concours ! Et ils ne lésinent pas sur les moyens pour s'assurer qu'ils ne nous payent pas pour rien : en plus de la didactique, on va être inspectés dans nos classes dans le mois qui vient.

Allez, des bonnes nouvelles quand même ! La Maison Française (un bâtiment du XIXeme rénové il y a vingt ans) va monter une pièce de théâtre sous la supervision d'Isabelle (doctorante, super sympa). Je me suis porté volontaire pour l'aider à créer le spectacle. Et mieux, on m'a autorisé à prendre des cours en auditeur libre ! J'ai sauté sur l'occasion et je me suis inscrit en histoire de l'art (deux cours magistraux et un TD par semaine) ainsi qu'en cours de vieil anglais. Le cours d'histoire de l'art est très général, il s'adresse a priori aux premières années, mais j'aime bien le contenu : du paléolithique à la Renaissance, en passant par les grandes civilisations - Egypte, Grèce archaïque et hellénistique, Byzance, art oriental. Pour ce qui est du cours de vieil anglais, j'ai sauté sur l'occasion comme un chacal en rut parce qu'en France, tout d'abord, la matière n'est pas enseignée - on la mentionne juste en cours d'histoire de la langue anglaise - et parce que ça me rappelle le latin et le grec en plus facile (il n'y a que deux déclinaisons, une forte et une faible). Sans compter que l'écriture des manuscrits anglo-saxons est magnifique. J'essaye enfin de m'incruster dans les cours de dessin, mais les profs ne répondent pas à mes emails en ce moment. Enfoirés ! On m'a conseillé d'aller directement aux cours pour montrer mon interêt. On verra bien ! That's all folks !

samedi 25 août 2007

Une espèce rare : le ragondin de Virginie

Enfin le week-end, ça fait pas de mal. Tout d'abord merci à tout ceux qui m'ont envoyé des mails et se sont manifestés dans les commentaires, ça fait super plaisir ! Vendredi c'est le dernier jour de stage, avec une ambiance plutôt relax. L'intervention la plus étrange/drôle du jour, c'est une analyse pédagogique de la méthode directe en langues : pas de langue maternelle, juste du baragouinage illustré de gestes et d'interactions. En l'occurrence, on nous présente un professeur d'arabe qui va illustrer le propos.

Lui : Marhâban ! (hop, il serre deux-trois mains dans l'assistance)
Nous : Maraban !
Lui : MarHHHHHAAAAban !
Nous : MaRRAban !
Lui : RRRRRHHHHHHHHH !
Nous : Reuh ! Marhâban !

C'est bon, on a appris à dire bonjour, ouf ! Et ainsi de suite pour "Anah Nicolas" (je suis Nicolas), "Min aina anta ?" (où habitez vous ?), "oui", "non", "c'est une chaise", "c'est une porte", "merci" (shukrân), etc. Forcément, pour la récapitulation générale du vocabulaire après une demi-heure, il faut qu'il me choisisse, mais comme je me débrouille pas mal (ainsi que Nathan, un autre TA), on écope tous deux du surnom charmant qu'est Ahmed. Yeah ! Cette petite expérience me conforte quand même dans l'idée que même appliquée à des élèves qui ont la chance d'avoir un mode d'apprentissage auditif, la méthode directe absolue, c'est au mieux une méthode qui en vaut une autre, et clairement pas la meilleure, et au pire, une approche dangeureuse qui requiert énormément de participation de la part de l'élève (une seconde d'inattention et on est paumé) et davantage encore de talent de la part du prof pour ne pas rendre ça monotone. La preuve ? Une heure plus tard, même si tout le monde s'est bien marré, il n'y a pas une seule personne qui se souvienne de la majorité du vocabulaire. Et pourtant le prof s'est super bien débrouillé, je trouve.

Je n'ai fait que manger à la fac cette semaine, aux frais de la princesse. Sandwich, sandwich, sandwich, sandwich. Le soir, le plus souvent c'est restaurant avec les autres membres du département de français. Et qu'est-ce qu'ils y servent à votre avis ? Gagné ! Même si je marche minimum une heure par jour, comme je n'ai pas envie de terminer comme Marianne James ou Elvis à la fin de sa vie, je ne commande plus que des salades, fort bonnes au demeurant, mais je me demande si à terme je ne vais pas muter en espèce de gros rongeur herbivore. Place aux photos de l'appart, qu'on m'a réclamées !


La chambre, était-il besoin de le préciser.


La piscine de la résidence vue de l'appart.


Toujours la résidence : terrain de basket.


Cuisine.


Le salon, un peu vide pour l'instant, on va se cotiser pour acheter une télé.


jeudi 23 août 2007

Des photos !

Ca fait trois jours qu'on se mange des réunions, des interventions, des ateliers pédagogiques avec la centaine d'autres assistants, toutes nationalités et disciplines confondues. Ca peut aller du très conventionnel, tendance chiant (l'instructeur qui prend une heure pour nous ressasser les tenants et aboutissants de l'Honor Code d'UVA dont ils sont si fiers) à l'instructif (comment organiser une séquence de cours, comment instiller l'élément culturel dans un cours de manière à intéresser les élèves, comment noter des devoirs rendus, etc.) au franchement génial. Comme par exemple, cet atelier mené par une prof d'art dramatique qui vise à nous donner des conseils quant au comportement de l'enseignant en classe et la manière d'aborder les élèves. Ca va des conseils sur l'articulation, le débit de parole, le volume de la voix, la respiration, le contact visuel, les gestes...et en guise d'exercice (attention, ça devient débile, donc génial !), pour combiner tous ces éléments, elle nous demande de nous avancer sur l'estrade par deux, et de nous lancer des insultes bien senties, tirées du corpus Shakespearéen.

"Thou droning doghearted codpiece !"
"Thou villainous tardy-gaited strumpet !"
"Oh yeah ? Thou churlish boil-brained boar-pig !"

Et voilà qu'on se balance des insultes élizabéthaines en faisant semblant d'être passablement énervés. Mis à part ces moments de défouloir, les journées sont plutôt longues et bien remplies, je n'ai donc pas le temps de faire autre chose. J'ai quand même pensé à ceux et celles qui voulaient mater des photos ! Le temps est toujours aussi maussade, mais ça vous donnera une idée. More to come !


Les
dormitories des étudiants sur le campus. La plupart des TA américains du département de francais y logent. Les chambres sont minucules mais c'est super agréable, avec parquet en bois et cheminée.


Le Old Cabell Hall, vu du Lawn. C'est le bâtiment qui fait face à la Rotonde.


L'amphithéâtre MacIntire. J'ai demandé s'ils montaient souvent des pièces de théâtre avec les élèves, on m'a répondu que non : on y joue surtout de la musique. Tu parles d'un gâchis.


Le Lawn et la Rotonde en arrière-plan.


L'auditorium du Old Cabell Hall. La qualité est un peu pourrie et le cadrage itou, mais oh, hein, bon. Reproduction de l'Ecole d'Athènes de Raphaël sur le mur du fond.


Spéciale dédicace à celles de la fac de lettres : Meriwether et William qui se la jouent au milieu d'un square. Quelle bande de poseurs...et Sacagawea qui en mène pas large derrière !


Le Downtown Mall en fin d'après-midi.


Les autres lecteurs français devant le Wall of Expression de Charlottesville au bout du Mall.


La même avec votre serviteur.


L'intérieur d'un des trolleys dont j'avais parlé il y a quelques jours.